J’avais envie de prendre mon clavier pour vous apporter mon regard sur les premières semaines de cette campagne Présidentielle. François Hollande attire tout particulièrement mon attention. Non pas pour des raisons purement partisanes mais au niveau stratégique de sa campagne. Le 16 octobre dernier il devenait en effet le candidat officiel du Parti Socialiste pour l’élection Présidentielle au terme d’une campagne âprement menée durant près de 3 mois. Depuis, le député de Corrèze ne cesse d’occuper le terrain.
On lui a reproché son inexpérience, son manque de stature, la faiblesse de sa vision pour la France, son manque de charisme, son absence de leadership, l’échec de ses 10 ans passés à la tête du Parti Socialiste et bien d’autres choses. C’est depuis lors une véritable opération de reconquête opérée par l’équipe du candidat pour tenter à tout prix de corriger l’image d’un homme qui peine à construire sa crédibilité de Présidentiable. François Hollande est avant tout un prisonnier enchainé, enchainé à un camp; celui du Parti Socialiste, enchainé à une famille, celle de la gauche, cette gauche qui le contraint à s’abandonner à d’interminables séances de négociations avec des partenaires Ecologistes pour ne citer qu’eux. Que sont en réalité ces accords? Il s’agit d’une vaste séance de négociation, les écologistes promettent un appel au vote massif de leurs troupes en échange de quoi le Parti Socialiste acte un certain nombre d’engagements inscrits dans l’accord final: négociation sur certains points du programme Socialiste, remplacés par des points du programme Ecologiste. Cet accord comporte également la fermeture de 24 réacteurs nucléaires ainsi qu’une quarantaine de circonscriptions réservées aux candidats écologistes. Une trentaine gagnables en cas de victoire de la gauche à la Présidentielle, 15 en cas de défaite. Dans les deux cas les écologistes gagnent un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale (15 députés minimum) leur permettant ainsi de quitter le groupe GDR.
Nous observons donc un premier phénomène: le Parti Socialiste a voté un projet au mois de mai qui se trouve être en réalité un réservoir de propositions à disposition du candidat pour la construction de son programme final. Ou du moins, ce projet sert de monnaie d’échange dans l’accord avec les écologistes avant que le nouveau vivier de propositions issu de cet accord soit à son tour retravaillé par le candidat. Oublié donc les propositions suscitant l’espoir de toute une tranche de la population, les propositions ayant réussi à passer à travers les mailles du filer d’EELV finiront à la trappe, face à une conjoncture largement défavorable au projet initial du Parti. François Hollande suscite l’espoir d’une large proportion de Français, malheureusement le “rêve Français” que veux créer le candidat laisse présager un réveil des plus douloureux. Une question se pose légitimement, comment un homme pourra-t-il parvenir à instaurer sa propre gouvernance tout en étant prit au piège de négociations idéologiques avec ses partenaires? C’est là que le second handicap de François Hollande ressort le plus. François Hollande souffre d’un cruel manque de stature, de leadership, au point d’être réduit à s’abaisser au rachat de voix supplémentaires pour espérer faire un score. Ce manque de stature, d’envergure se reflète tout particulièrement sur la scène internationale. François Hollande peine non seulement à s’imposer mais surtout à se faire connaître de nos partenaires internationaux. A l’heure où nous achevons notre présidence du G20, il est impensable qu’un présidentiable ne soit pas en mesure de bénéficier d’une stature internationale crédible. La démarche engagée par l’équipe de François Hollande pour corriger le tir me laisse quelque peu sceptique. En déplacement à Berlin en début de semaine dernière, François Hollande est notamment intervenu à la tribune du congrès du SPD, le Parti Socialiste Allemand. Comment alors se construire une image internationale crédible auprès des chefs d’Etats étrangers si l’on reste enfermé dans une logique de camp en restant bloqué autour de tous ceux qui forment notre famille politique, fût elle un peu élargie? Certes au même moment, Angela Merkel était en réunion à Paris avec Nicolas Sarkozy pour préparer l’accord Européen. Mais pourquoi ne pas chercher à organiser une réunion ultérieure avec la Chancelière? Pourquoi ne pas organiser de visite au Bundestag plutôt que de rester dans une autarcie partisane? Pourquoi ne pas chercher à se construire une stature Européenne forte en marquant d’un geste puissant l’importance de l’axe Franco-Allemand? Pourquoi s’enfermer dans le costume de l’homme d’un camp plutôt que d’endosser celui de l’homme d’un peuple? La construction Européenne ne peut pas se poursuivre, le front Européen contre la crise ne peut pas se mettre en place efficacement si un homme reste bloqué dans une approche de camp. On peut avoir des divergences de point de vue avec le pouvoir Allemand en place, mais en attendant c’est avec l’équipe d’Angela Merkel que se construit la gouvernance Européenne. Par ailleurs, le Président Obama a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne souhaitait pas rencontrer François Hollande. L’avenir de François Hollande sur le plan international semble plus que compromis.
Je ne vous cache pas que j’ai peur. Peur de l’élection d’un homme qui, enfermé dans ses travers et ceux de son camp ne saurait transformer l’espérance si forte générée pendant la campagne en énergie réformatrice. J’ai peur que cet homme ne fasse que renforcer la défiance d’un peuple face à sa classe politique, creusant un peu plus un fossé déjà si profond. Pourquoi chercher à tout prix le changement dans la tourmente, le changement pour un homme qui peine à se construire et à s’imposer? La situation que nous traversons depuis 3 ans impose de faire des choix pragmatiques basés sur des critères de courage, de leadership international, de détermination et d’engagement total face à la crise. Nous avons besoin d’un homme parfaitement familiarisé avec les rouages Européens et internationaux pour mener à bien les négociations avec nos partenaires afin de concevoir un plan ambitieux et viable pour sortir de la crise.


